Une poussière dans l’âme, par le poète performeur Nen

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  • Par la compagnie Pièces montées. Mise en scène de Clotilde Moynot, avec la musique de Benjamin Né et les lumières de Sabrina Manach.
  • Spectacle vu le 24 novembre 2021 à

A l’entrée de la Croisée des Chemins, rue Haxo, on peut être surpris : il faut un code pour rejoindre cette nouvelle salle de spectacle planquée dans un bloc d’immeubles derrière les maréchaux, comme le théâtre de l’Orme voisin. Il faut donc mériter Une poussière dans l’âme, ce poème qui se fait corps sur scène.

Nen est un explorateur de l’univers slam-jam dont il a écumé les scènes, seul ou avec son groupe Bambou Expérience, de même qu’il anime des ateliers d’écriture depuis fort longtemps. Il a notamment participé à la 1ere scène virtuelle du Chat noir, en mars 2020, ainsi qu’à la 3e avec une impro live. C’est une nouvelle aventure que donne à voir ce spectacle : celle d’un comédien qui présente seul en scène un show poétique et humain, d’une manière sans doute moins assurée dans le jeu que dans le flow des mots qui vibrent, claquent et résonnent. Aidé par la compagnie Pièces montées, il relève le défi de bien des slameurs : proposer un spectacle qui tienne la route, et il s’en sort plutôt bien !

La pièce met en scène deux personnages symbolisant, de manière un peu manichéenne, les faces complémentaires d’un être humain : un balayeur rêveur aux idéaux purs et un start-upeur roublard et infidèle, qui planifie ses soirées cul avec une logistique implacable. Au départ, on reste un peu collés à ces figures respectivement prolongées par leur objet fétiche : un balais pour nettoyer ou jongler, un kit mains libres pour négocier avec les fournisseurs ou les maîtresses. La magie opère quand le comédien nous emporte dans son flux verbal, au fil d’impros rappées, de poésies slamées qui nourrissent le spectacle : « gobelet de vie à moitié plein, à moitié vide / gobelet de destin à moitié vide, à moitié plein ».

Pas de doute, Nen est un poète performeur hors pair, capable de composer des textes ciselés, rythmés ou émouvants, qu’il déclame avec une précision idéale. Il y a des morceaux de bravoure inspirés, du rap robotique et stroboscopique, ou une impro interactive lorsqu’il brode sur les mots donnés par les spectateurs, désignant ces choses qu’ils aimeraient voir disparaître de la surface de la terre. Car le balayeur est une allégorie du poète qui ramasse au sol les « bouts des rêves inachevés » des passants. Toute cette poussière amassée, détritus et papiers froissés, Nen en fait des rêves à partager.

Ainsi, cette « poésie urbaine gesticulée » est une performance poétique et théâtrale très touchante, qui gagnerait sans doute à être réduite à une forme plus essentielle (1h15 sur les 50 minutes annoncées). En somme, Nen est un artiste complet qui peut encore affirmer son art pour devenir un vrai comédien.

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