Fary, mis en scène par Kader Aoun

Seulement 22 ans et déjà une vraie maturité scénique : à l’aise devant le public, avec sa diction presque précieuse, Fary se présente comme un stand-upeur à rebours du lascar de banlieue. Et même si la question des communautés est bien présente dans son show, Fary ne contribue jamais à renforcer les clichés, sauf peut-être à évoquer les deux « épiciers reubeus » qui tchatchent en première partie, Hakim et Akim.

Hakim Jemili affiche un style branché, grosses montures et bonnet sur le chef, en plaisantant sur son père tunisien qui fantasme des origines italiennes. Il cherche à démasquer les racistes du public et enfile quelques clichés d’une élocution un peu confuse. Akim Omiri se révèle plus original, avec sa timidité assumée, y compris pendant l’acte sexuel, ses relations privilégiées avec la police de Neuilly, cette banlieue riche où il crèche et dont il observe les mœurs.

Après cette double vedette américaine, Fary débarque en dansant, sapé comme un créateur de mode parisien, tunique et sarouel sombres. Certains le croient homo mais il est juste « stylé »… et polygame, à l’instar des Musulmans, des beaux gosses et des Antillais. Lui souligne à plusieurs reprises son origine cap-verdienne et banlieusarde, tandis que sa voix douce ménage des pauses qui maintiennent éveillée l’attention des spectateurs qu’il interpelle avec à-propos. Et même s’il se fout de leur gueule, ça passe en douceur, de même qu’il balance des piques de son ton toujours mielleux, en gesticulant gracieusement sur scène.

Fary parle du quotidien, analyse quelques mots ou expressions – pourquoi parle-t-on d’un « petit Français » et d’un « grand Noir » ? – et pointe l’absurdité des dialogues de rue vides de sens, où toute question amène invariablement un « wesh » (« quoi ? » en arabe), « sisi la famille, on est lààà ! ». Il évoque aussi l’infidélité des mecs (n’est-ce pas le cas des filles ?), ou ces soirées en boite préparées à l’avance et avortées par la décision arbitraire d’un videur – comme si on pouvait préparer un mariage en s’exposant à un non éventuel…

Bref, en découvrant cette personnalité narcissique et douce, mordante et attendrissante, on passe une très bon moment, avec plus de sourires que de fous rires.

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