Mathieu Madénian – En état d’urgence, mise en scène Kader Aoun

En état d’urgence. C’est le titre du nouveau stand-up de Mathieu Madénian, célèbre depuis qu’il passe chez Drucker, quittant l’intimité du Paname pour une salle bondée du Grand Point-Virgule et une grande tournée en France. État d’urgence à plusieurs égards. D’abord, bien sûr, le contexte : il est chroniqueur à Charlie et s’il n’était pas présent le matin du 8 janvier au siège du journal, c’est parce que sa télé venait d’exploser (si si !!!). Ensuite parce qu’il y a une urgence à dire le maximum de choses en une heure vingt, dans un flux continu et empressé qui dézingue à tout va.

Voici donc un stand-uper engagé, qui évoque sa haine du FN avec qui il est en procès, souligne la crise des réfugiés (300 morts récemment qui n’émeuvent personne alors que la photo d’un enfant échoué…), se rappelle les attentats de novembre – qui ont aussi touché la rue du Paname, où il vient toujours tester ses nouvelles vannes – et félicite le public de venir le voir dans une salle bondée à Paris. Une salle qu’il allume dès le début, comme Kheiron, pour interpeller plus à l’aise les spectateurs, avec aisance et malice (sans heureusement leur demander de lever la main).

Ça fait longtemps que Mathieu Madénian fait du stand-up sur les scènes parisiennes, on l’avait remarqué en 2004 puis en 2010, aujourd’hui c’est un showman rompu à toutes les impros, qui tchatche en continu (peut-être manque-t-il quelques ruptures), après la première partie plus lissée de Tom Villa, qui fait presque le même set de dix minutes qu’au gala de clôture du festival de Montreux : il continue à comparer l’île de la tentation et Intervilles en se moquant gentiment de Jean-Marc Morandini.

Ce soir-là, Madénian joue devant un public blanc et plutôt âgé – « putain c’est ça mon public ? » qui semble plus familier des émissions dominicales de France 2 que du Jamel Comedy Club auquel il a participé en 2007. Il se moque des vieux, repère le seul noir de l’audience, interpelle un groupe d’homos retardataires… Et déroule son texte tranquillement, d’un débit rapide et teinté d’accent perpignanais qui avale certaines syllabes. S’il évoque encore ses parents ou sa grand-mère, il s’étend moins sur la communauté arménienne et davantage sur des anecdotes, ses rencontres avec Hollande, Patrick Bruel, ou ce gala de soutien aux personnes atteintes de mucoviscidose (également évoqué dans son deuxième show par Thomas VDB avec qui il partage une excellente chaîne Youtube).

Un stand-up ultra véloce, engagé et spirituel, où le showman ne manque pas d’autodérision.

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