Müller Machines, montage de textes d’Heiner Müller

Heiner Müller, poète et dramaturge allemand post-brechtien, reprend des mythes grecs ou shakespeariens, comme Hamlet machine, une réécriture d’Hamlet en huit pages auquel fait référence Müller Machines. Le projet de Wifried Wendling, metteur en scène et musicien, assemble trois monologues, Paysage sous surveillance, Libération de Prométhée et Nocturne, où paraît la noirceur des thèmes de l’auteur : guerre des sexes, trahison, combats intimes et historiques. L’acteur Denis Lavant, le musicien Kasper T. Toeplitz et la danseuse Cécile Mont-Reynaud participent à cette création mêlant théâtre, musique, danse, cirque et vidéo. On y découvre plusieurs installations, notamment ce « squelette de fils » représentant la « toile d’araignée de moelle osseuse », nuages d’un paysage mythique situé « entre steppe et savane ».

Au début résonne dans la salle la voix enregistrée de Denis Lavant, présent sur scène à côté de la danseuse suspendue à des lianes illuminées derrière lesquelles compose le musicien. « Je t’ai toujours dit de ne pas revenir, quand on est mort on est mort », entend-on dans la seconde séquence, où une voix de femme récite une didascalie imaginaire sur un homme, « peut-être une marionnette », qui s’arrache les deux bras. Lavant hurle sa douleur dans un micro relié à variateur de lumières. Horreur du texte qui s’incarne dans la saturation électrique d’un archet sur des cordes, horreur de ce corps secoué de spasmes autistiques, dont le souffle réverbéré anime la vidéo, la lumière. Dans le troisième monologue, le comédien dit au public l’histoire de Prométhée, enchaîné nu à un rocher où un aigle vient chaque jour lui dévorer le foie. Une version scatologique du mythe, aussi marquée par le syndrome de Stockholm, puisqu’ici Prométhée rechigne à quitter son aigle, tandis qu’Hercule le libérateur est repoussé par l’odeur excrémentielle du prisonnier.

Denis Lavant se dit l’héritier des saltimbanques du Moyen Age qui se produisaient pour les badauds du Pont Neuf. Mais ici, face à un public de spécialistes et d’amateurs éclairés d’Heiner Müller, l’installation visuelle et sonore évoque davantage une performance d’art contemporain. Comment un néophyte pourrait-il appréhender cette œuvre difficile dans les déflagrations d’un spectacle si conceptuel ?

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