Noir, le plateau d’humoristes plongés dans l’obscurité

Noir n’est pas un concept totalement nouveau puisqu’il a été trouvé il y a 2 ou 3 ans par le producteur Bertrand Hodot qui souhaitait renouveler le traditionnel plateau d’humoristes. Mais il demeure aussi peu connu qu’efficace. Ce soir-là, pour le festival Debout Paris de la Nouvelle Seine, la péniche voisine Le Flow accueillait quatre stand-upers, trois filles, Shirley Souagnon, Sophie-Marie Larrouy et Marine Baousson, ainsi qu’un mec, Dédo, qui avait revêtu un tutu pour l’occasion (évidemment invisible). Le public s’installe dans la salle plongée dans une demie-obscurité, où un halo rouge et bleu permet de trouver sa place. Alors le noir se fait et une voix explique que des hôtesses sont là pour aider en cas de problème. Place à une nouvelle appréhension du spectacle : on a comme le sentiment d’être malvoyant. La position d’écoute est différente, on ne se sent pas regardé, et tout au long du spectacle ce noir inspire aux humoristes toutes les allusions sexuelles possibles, en particulier de la part de Dédo imaginant le public s’attouchant sans entrave.

Ça commence par une discussion un peu confuse et très drôle sur les genres, au prétexte de savoir le seul mec présent doit commencer. « Mais qui vous dit que je suis un homme, monsieur ? », lance Dédo en allusion à la phrase devenue célèbre d’un intervenant d’Arrêt sur Images. A l’instar du « Noir c’est noir » qui vient d’être joué, il entretient toujours son personnage de gothique qu’il incarne depuis le Jamel Comedy Club, en évoquant ces chats capables de voir dans l’obscurité. Il aborde aussi son obsession du mot juif, qu’il trouve amusant de prononcer dans toutes les langues, faisant mine d’éviter un sujet sensible en le posant à peine sur la table.

Ensuite, place au tandem formé par Sophie-Marie Larrouy et Marine Baousson qui a récemment repris le spectacle La Lesbienne invisible. Leur discussion du tac au tac repose sur leurs origines respectives, la Bretagne et l’Alsace, avec beaucoup d’autodérision et un parisianisme intégré sur ces clichés de Bretons alcooliques et d’Alsaciens formant une race à part, jouissant du Concordat et d’un jour férié en plus, en rupture avec la laïcité. En somme, un nouveau duo de stand-up parisano-régionaliste !

Toujours à l’aise avec son flow sympa et décontracté, Shirley Souagnon évoque la fumette et les situations de la vie quotidienne, et par exemple cet « eye contact » établi avec un chien renifleur lorsqu’elle se présente à la dernière minute sur un quai de gare avec un pack de beuh. Depuis qu’elle est connue, la mansuétude dont elle est l’objet de la part des policiers lui inspire quelques remarques bien senties…

Le spectacle est très court (48 minutes) et passe très vite, c’est une expérience stimulante. Mais pourquoi ne pas exploiter encore davantage cette situation d’obscurité en aller chercher des trouvailles du côté des odeurs, des sensations qu’elle provoque ? Car au fond, ce n’est pas vraiment la forme du spectacle qui change mais son contenu. Parfois heureusement, ce noir donne l’occasion aux humoristes d’inventer de nouveaux trucs collectifs, comme cette audiodescription du lac des cygnes. Bien entendu !

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