Pierre Palmade – Aimez-moi

C’est plongé dans une attente amusée ou révérencieuse que le tout Paris attend l’apparition de Pierre Palmade, pour la première de son nouveau one-man-show sur la grande scène du Rond-Point. Enfin il entre en scène, presque discret, et entame un récit farfelu sur deux ans de son enfance passés dans un nid d’aigle. C’est surréaliste, bien vu, et ça lui permet de parler de la société. De son homosexualité aussi, qu’il aborde désormais d’une façon plus apaisée et peut-être plus frontale.

La suite est originale, inventive, d’une précision de jeu extraordinaire, comme une suite de sketchs surprenants et de confessions au public, non pas en mode stand-up comme lors d’un passage éclair au Jamel Comedy club. Non, c’est d’une voix posée, calme et déliée, que le comédien nous tient en haleine d’un bout à l’autre de ce spectacle poétique, modeste et élégant. En fil rouge, toujours, le besoin d’amour de l’être humain, vu sous différents angles, à travers plusieurs personnages. Sept ans après un précédent one-man assez narcissique, Aimez-moi cache un spectacle tourné vers les autres, où Palmade observe ses contemporains. Benjamin Guillard, qui a notamment mis en scène François Morel dans La Fin du monde est pour dimanche, a choisi une scénographie esthétique et lunaire qui illustre la solitude de l’artiste.

Lorsqu’il se lance dans une revue exhaustive de ses addictions médicamenteuses, on sent l’artiste unique, irremplaçable… Tout comme dans ce monologue d’un homme atteint d’un cancer et qui préfère se focaliser sur les problèmes de wifi ou d’évier bouché. Plus loin, dans une leçon de one-man show, le comédien se met en scène interpellant ses propres personnages, vieille ficelle du one-man que Vincent Dedienne parvient à renouveler. Pas de chanson, cette fois, contrairement à son habitude, si ce n’est la bluette d’un artiste télépathe à la susceptibilité exacerbée. Peut-être Palmade ne ressent-il plus le besoin de chanter sur scène depuis qu’il a sorti un disque en 2013, comme avant lui Elie Semoun.

Palmade reste ce créateur prolifique qui a permis à des jeunes pousses de s’épanouir dans cette troupe à Palmade créée en 2005 et qu’il a dissoute en janvier dernier, faute d’avoir le temps de continuer à la faire vivre, après 14 pièces de boulevard réinventées sur le ton plus juste. Il aura lancé pas mal de comédiens comme Arnaud Tsamère, Noémie de Lattre, créé des programmes télé et suscité quelques duos géniaux, par exemple ceux de Joffrey Platel et Sarah Suco, Nicolas Martinez et Camille CottinBenoit Moret et Nicolas Martinez. Après trente ans de carrière où il a créé nombre de one-man-shows et de textes pour les autres, le fêtard mélancolique décrit par Beigbeider dans L’Égoïste romantique semble enfin mature.

L’air de rien, en une heure et demie pile, le comédien a évoqué l’amour, la tendresse et l’insécurité d’être au monde de façon si diverse et subtile qu’on ne s’en est pas rendu compte. Vous vous demandez comment être aimé ? Venez voir…

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