Rufus – Les Jaillissantes, lettres de femmes fontaines

Rufus est un grand acteur français. Il a de l’expérience sur l’écran et sur les planches, qu’il s’agisse de jouer Beckett dans la cour du Palais des Papes ou au Café de la gare avec Coluche et Romain Bouteille… Tandis qu’il est l’affiche de Mur au Petit Théâtre de Paris, il interprète au Funambule Les Jaillissantes, tirées d’un ouvrage du psychosociologue Jacques Salomé consacré aux femmes fontaines, L’effet source.

Plus qu’un seul en scène, c’est une lecture. En une heure vingt qui passe assez lentement, une pile de lettres entre les mains, Rufus lit, presqu’en les déchiffrant, ces missives tirées du livre de Salomé, puis celles qu’il a lui même reçues depuis qu’il joue le spectacle. En lisant, il donne le ton, l’émotion, mais souvent il hésite, bien qu’il en soit déjà à la 50e représentation. Dans son pull de ski, un bonnet sur la tête, assis sur sa chaise face aux quelques spectateurs du Funambule, il est attendrissant, timide, plus tendre que drôle. « Lu par un homme c’est quelque chose », lui écrit un jour une spectatrice… Rien ne le rend plus heureux que cette reconnaissance par les femmes de l’amour qu’il leur voue. A la fin du spectacle, la plupart du public reste pour parler avec le comédien, fait rare au théâtre.

Les sujet est tabou : rien ou presque sur le clitoris pendant longtemps dans les livres de médecine. Peu de choses sur internet à propos des femmes fontaines, si ce n’est un reportage vidéo, l’article éjaculation féminine sur Wikipédia et celui sur les glandes de Skene qui stimulées, susciteraient un orgasme vaginal et ce jaillissement de liquide incolore, dont on connaît mal la composition, peut-être plus proche de l’urine que de la cyprine. Voilà donc un mystère, un champ à défricher.

De ces lettres transparaît beaucoup de honte, celle de prendre plus de plaisir aux toilettes que pendant l’acte, celle de salir les draps ou les sièges de la voiture… Mais aussi des témoignages de plaisir intense et parfois partagé. Et on apprend bien des choses : qu’il est recommandé de faire l’amour avant l’accouchement, que certaines femmes ont un orgasme quand elles accouchent, qu’on peut devenir fontaine à 50 ans et que cette découverte peut rimer avec celle du plaisir, après une vie entière de frigidité… Si les rares lettres d’hommes témoignent d’une forte incompréhension, certains se plaisent à faire jaillir ces femmes qu’ils aiment.

La lecture de lettres est en genre courant au théâtre, comme l’ont montré parmi tant d’autres François Bourcier ou Pierre Richard. Si Les Jaillissantes se veut un prolongement des Monologues du Vagin, sans mise en scène, on en reste au stade de la lecture… Mais le comédien a l’humilité de s’effacer derrière son message : un pas franchi dans la reconnaissance par la société de ce sujet tabou.

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