Thomas N’Gijol – 2

A l’occasion du Montreux Comedy Festival, la tournée du deuxième show de Thomas N’Gijol, déjà bien rodé, faisait escale dans la ville voisine de Vevey, huppée et docile au bord du Lac Leman. Mais l’humoriste fait la gueule car il n’a pas apprécié l’accueil : il n’a trouvé dans sa loge qu’un gobelet et deux bananes. Quant à la bouteille d’eau disposée sur scène, il hésite à la boire vu qu’elle n’a pas d’étiquette. Voilà, N’Gijol continue à perpétuer la tradition de l’invective et du taillage ancrée dans les gènes du Jamel Comedy Club et du collectif Barres de Rire dont il est issu. Il en use ici, entre premier et second degré, sans jamais cesser d’être drôle.

N’Gijol a tout du Français sûr de lui et ignorant de ce qui se passe de l’autre côté de ses frontières, dans ces petits pays qui pourtant parlent sa langue… Il a beau jouer en Suisse romande, il ne connaît ni l’endroit, ni sa culture, ni son fonctionnement, ignorant en particulier l’existence des supermarchés Coop ou de la ville de Nyon qu’il prend pour Lyon. Quand la salle, très réactive, lui répond en bloc lorsqu’il l’interroge, il se vexe et menace de se barrer, en rigolant toujours. Et toujours il s’en sort avec son aisance à tenir la scène et à interagir, notamment lorsqu’il fait appel à un expert du fond de la salle, Eddie, un fan de Johny qu’il imagine avec des santiags et un slip à poche sous le jean serré.

Bref, après A Block, le stand-upeur balance un deuxième show plus mature, où il évoque sa vie conjugale, ses parents, sa toute petite fille qu’il aime plus tout. Toujours à l’aise, il lâche un sujet avant de le reprendre, tout en évoquant sa nouvelle vie de jeune papa en couple avec une fière et belle Corse qui le défie du regard en fumant sa cigarette. Finie la street life, il dit être classe désormais, bien soigné dans son costume noir. Il y a d’ailleurs quelque chose d’affecté, de féminin presque dans son maintien, la démarche délicate et la main un peu tremblante. Bon ça ne l’empêche pas de citer Booba de temps à autre : « c’est comme Sardou, il a une grande gueule, il ne dit que de la merde mais tout le monde l’écoute ».

Il se confesse, raconte un trip aux States où il prend conscience du patriotisme ricain, aussi fort bien que distinct de celui des Algériens, décrit sa relation à ses deux belles-files, une ado qui méprise ses films comiques, Fastlife et Le Crocodile du Botswanga, elle qui révise la nouvelle vague, et une petite blonde toute mignonne que les passants s’étonnent de voir en sa compagnie. Au passage, il évoque sa difficulté à répondre à ces vicieux de journalistes qui, indifférents à ses films, l’interrogent en toute circonstances sur l’affaire Dieudonné, admire le « roulé-boulé du genou » de Johny ou la posture de dignité de son père, tête haute et narines dilatées, même seul et le ventre gargouillant après le départ de sa mère, sa mère qui lui mettait en venant le chercher à l’école en sandales, pieds en avant, « les pieds secs, mais secs !!! »

Tout ça s’enchaîne le plus naturellement du monde, entre invective au régisseur et questions sur la Suisse. N’Gijol a dix ans de métier et il tient 1h50 sans se fouler, tranquillement, avant de retrouver sa compagne à l’hôtel pour lui mettre une « petite cartouche », lui qui, nous a-t-il précisé, n’a plus à faire d’effort pour impressionner sa partenaire depuis qu’il est casé. Heureux, serein, posé.

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