Don Juan, de Molière et Bertolt Brecht

On a de Don Juan l’image d’un séducteur glorieux et impavide, libre-penseur pourfendeur de l’hypocrisie sociale ou religieuse. En adaptant la pièce de Molière, Brecht casse le mythe, et avec cet « effet de distanciation » qu’il a théorisé, il crée une pièce comique, tout simplement. Le dramaturge allemand prend du recul sur les personnages et les rend si ridicules que le spectateur ne peut pas s’identifier à eux. Quand le Dom Juan de Molière lutte pour la liberté contre l’obscurantisme, celui de Brecht est un séducteur égoïste et clownesque. Ce parti-pris est très bien rendu par la mise en scène de Jean-Michel Vier, burlesque, efficace, fluide. Avec une vraie complicité, Pierre Val et Sylvain Katan (Dom Juan et Sganarelle) enchaînent lazzis, pantomimes, attitudes d’automates ou de poupées de chiffon, et quelques références jamais appuyées à Chirac ou Sarkozy. Bref, une comédie sans fausse note, intelligente et drôle de bout en bout.

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