L’or de Jean-Jacques Milteau

Autour de l’épopée incroyable d’un aventurier entrepreneur, voici la rencontre entre le comédien Xavier Simonin et l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. Adapté du roman de Blaise Cendrars, l’Or raconte l’histoire de Johann August Sutter, parti de Suisse en 1834, premier homme à s’installer en Californie alors sous domination Mexicaine, où il bâtit une « Nouvelle-Helvétie » prospère faite de plantations, de routes, de chalets, et qui sera ruinée dans l’anarchie de la ruée vers l’or.

Rien de réellement surprenant dans ce spectacle qui est un monologue illustré à l’harmonica, mais tout est juste. Alternant passages poétiques, descriptifs, narration efficace et accumulations galopantes, le texte de Cendrars est mis en valeur par la diction précise et nuancée du narrateur en costume. Jean-Jacques Milteau, sans doute fatigué, passe la plupart du temps sur sa chaise à côté d’une batterie d’harmonicas, et ponctue les envolées du texte de rifs façon south Mississippi et conquête de l’ouest. La mise en scène est dépouillée, la scénographie suggestive, avec cette échelle tordue vers le ciel qui évoque un rail de chemin de fer, auquel le comédien parfois monte ou s’agrippe.

On est captivé par cette success story qui se retourne en échec, parcours d’un homme hors du commun qui, après avoir tout gagné, perd tout. Haï par le peuple de San Francisco qui a incendié ses maisons, Sutter meurt fou et ruiné, à Washington, entretenu dans l’espoir vain que le congrès reconnaisse ses droits. Durant plus d’une heure trente, les deux hommes tissent un trame commune, s’écoutent et nous emmènent de concert dans cette épopée, sans qu’on trouve le temps long. Surtout, à deux ou trois reprises, le comédien scande au micro les mots de Cendrars sur les rifs de l’harmoniciste, avec une tonalité slam – spoken word particulièrement percutante.

 

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